Jour 13 : Je rock Tétris

Chemin de pierres à assembler

Dans la communauté Durika, toutes les routes sont en pierres. Et pour les maladroits comme moi, il faut constamment les refaire pour éviter des chutes catastrophiques. On peut croire que c’est facile de mettre des roches au bon endroit. Okay, peut-être, mais trouvez dont la roche vous. Il ne faut pas qu’elle soit trop petite sinon elle bougera et ce sera encore dangereux. Il ne faut qu’elle soit trop grande, sinon elle ne rentre pas. Donc, juste un peu plus gros que le trou, on va la taper avec une autre grosse pierre pour que le trou soit fermé. Après, on met de la terre très compactée entre les trous.

C’est épuisant, et je «rushais». Par contre, une petite fille de quatre ans, Abigail, elle n’avait que du plaisir. Ici, les jeunes sont actifs. Dès l’âge de huit ans, les enfants commencent à participer aux différents travails. Ils ne sont pas seuls, mais ils en font autant qu’un adulte.

À quatre ans, Abigail connait déjà toute la routine des chèvres : quand on les trait, quand on les promène, quand on les nourrit, etc. ainsi que comment faire toute ces choses. Elle a très contente de pouvoir aider ses proches, que ce soit en donnant du lait aux bébés chèvres ou en amenant des pelletées de terre.

Roberto, lui, a environ dix ans. Il aide à transporter des charges quand même assez importantes. Quand on lui a proposé : est-ce que tu veux aller jouer avec les autres? Il a répondu : Non, je préfère travailler. Franchement,  est-ce que vous en connaissez beaucoup des enfants de cet âge qui veulent travailler?

Et ils sont forts en plus. On peut voir les muscles dans leurs bras.

Donc, je réitère qu’ils mangent des stéroïdes ET ils ont un certain lavage de cerveau (quoi qu’il est positif ce lavage).

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Jour 12 : J’ai vécu le verglas, moi, Monsieur!

Nuage de brume au-dessus des montagnes

C’était par une nuit glaciale dans une montagne d’un pays normalement très chaud que deux jeunes filles furent transportées par le vent dans le monde du magicien d’Oz.

En plein milieu de notre nuit, soit 21 heures, nous nous sommes réveillées en sursaut par le bruit fracassant du vent. Il dura sans arrêt pendant des heures. De l’intérieur, on aurait dit qu’Éole voulait arracher notre petite cabine. Ma première pensée a été : Merde, mes vêtements sont sur la corde à linge dehors!

Finalement, le vent était fort, mais pas comparable à une tornade comme on le pensait. Mais, disons que d’avoir des toits en tôle et surtout un arbre qui tape dessus à chaque coup de vent, ça n’aide pas.

Autre chose qui peut nous garder réveillée : Les planchers craquent intense! Dès qu’on pose le pied à terre, un gros CRACK se fait entendre. Il n’y a pas moyen d’être subtil dans cette cabine. On voudrait faire un surprise party que le fêté nous entendrait avant même d’ouvrir la porte.

L’avantage de ces cabines par contre est que s’il y a un tremblement de terre seulement une petite partie va s’écrouler et non l’entièreté. Donc, je n’espère quand même pas les voir à l’épreuve.

Dans le fond, c’est pas mal pratique de ne pas être solide!

Jour 11 : Un petit pas pour l’humanité, mais un grand saut pour moi

Seule photo réussie de moi qui saute

 

Quelque chose d’extraordinaire est survenu aujourd’hui. J’ai changé mon destin!

Bon, ce n’était peut-être pas à ce point extraordinaire. Plusieurs jours auparavant, j’avais découvert que j’étais poche pour sauter. On essayait de prendre ces belles photos où on a l’air de voler et c’est à ce moment-là que l’évidence de mon incompétence nous est apparue. J’étais aussi capable de voler qu’une poule, en fait peut-être plus comme une autruche. Quoique cette dernière court pas mal vite pour moi. Bon, pour en venir au point, je suis maintenant capable de sauter et d’avoir l’air de voler dans les montagnes du Costa Rica. Bravo à moi!

Une de mes hypothèses est que de marcher en altitude aide beaucoup. Bon, ça c’est l’explication scientifique, pas mal simple et plate.

Mon autre hypothèse, celle qui est beaucoup plus drôle, c’est que la communauté met des stéroïdes dans notre nourriture. Bien oui. Sinon, comment expliquer que les jeunes d’ici sont capables de soulever des poches de gazon hyper compacté sur leur dos!

Nathaniel, qui n’est pourtant pas bâti, est capable d’en soulever quatre à la fois. Mélissa, qui est toute petite et menue, peut en tenir deux. Et à l’attention de tous ceux qui pense que c’est facile, je les somme d’essayer de les trimballer longtemps dans des sentiers accidentés minuscules où il y a tellement de roches et de racines qu’il serait presque impossible de ne pas y tomber.

Alors, je reviens sur le fait qu’il n’y a aucune autre explication que les stéroïdes. Pour ceux qui disent que c’est l’exercice physique, ne vous inquiétez pas. Si on me pose des questions, je dirai que je n’ai rien pris de ma vie. Quoique je ne suis pas à veille de faire le Tour de France, peut-être une course de poches de patates.

Maintenant, la prochaine étape, c’est de pouvoir atterrir correctement, sans trop tomber la face première.

Jour 10 : Oh Saint Gallo Pinto!

Plat traditionnel costaricien, une espèces de crêpe épaisse au maïs

Aujourd’hui est un jour à marquer sur votre calendrier comme étant une des uniques fois qu’on a omis de servir des bines dans un repas.  Ici, le Gallo Pinto fait office d’accompagnement presque partout. Ce dernier est l’union plus que symbolique entre le riz blanc et les fèves rouges. Il joue, pour les costariciens, le rôle des patates, et beaucoup plus, pour nous.  Pendant plusieurs jours, nous avons attendus la fin du règne du Gallo Pinto. Nous fabulions sur une pénurie de la fève rouge et sur la catastrophe que cela produirait sur l’alimentation ici. C’était le chaos et la déboire qui régnait, un vrai désastre quoi.

Mais, outre cette dynastie, chaque matin nous avons droit à un produit de la chèvre. Une fois sur deux, c’est yogourt. Jamais vous ne pourrez de meilleur qu’à Durika. Il est nature, mais il a un goût sucré que jamais je n’aurais pu avoir l’imagination pour créer. Sinon, c’est porridge. Franchement, je n’ai aucune idée à quoi  c’est supposé ressembler, mais c’est bon.

Autrement, les fruits sont à l’honneur. Leurs bananes sont des délices qu’on utilise presque partout. On les cuit la plupart du temps. Elles peuvent faire office de chips ou même d’accompagnement. C’est un peu comme nos patates. Encore là, leurs bananes sont bien différentes des nôtres. Elles sont plus petites et plus sucrées. Nous n’avons pas les mêmes. Il y a des fruits de la passion, de la goyave, de l’ananas et des mangues.

Du côté breuvage, on boit beaucoup de jus. Ces derniers peuvent être faits à base d’eau ou de lait, et on y ajoute un mélange de fruits. Aussi, on boit beaucoup café. Celui-ci est moins amer. Le mauvais arrière-goût est moins présent que dans celui qu’on retrouve ailleurs. Outre ça, beaucoup de thé fait à partir de plusieurs herbes.

Il y en a pour tous les bedons!

Jour 9 : Carmen campagne serait très fière

Bébés chèvres trop adorables qui nous attendaient pour le biberons du matin

L’événement tant attendu est finalement arrivé. J’ai trait une chèvre pour la première fois de ma vie!

Et c’est beaucoup plus compliqué qu’on le pense. Il y a une technique. Il faut pincer le haut du pis avant de commencer la traite, sinon le lait va remonter au lieu d’aller dans le saut. Ensuite, il faut appuyer très fort sur le pis pour que ça sorte. Quand on croit qu’il n’y a plus de lait, il faut un faire un massage aux organes génitaux de la chèvre et d’autre lait va sortir! Voilà comment traire une chèvre!

La partie la plus difficile est de nourrir un bébé à la fois au biberon. Ils veulent tous sortir pour manger. Je me suis fait littéralement piétinée par six bébés. Mélissa, la personne responsable des chèvres riait intensément et a dit : C’est un désastre! Et puis, quelqu’un arrive et pitch le bébé chèvre par-dessus la clôture, au lieu d’ouvrir la porte et de créer une collision frontale. Tiens, c’est bien plus facile comme ça!

Les  boucs, quant à eux, comme dirait une grande philosophe prénommée Pascale, sont comme des chiens. « Ça quête des caresses. Ça branle la queue pis ça liche. » Rien de plus à ajouter. On les traite un peu comme des chiens aussi. Par exemple, quand n’importe quelle chèvre meurt, on l’enterre avec respect dans un cimetière qui leur est entièrement attribué.

Plus tard, ou plus tôt dans la journée, (dépendamment puisqu’une chèvre est traite deux fois par jour) c’est le temps de la promenade. Les mots les plus répétés sont vengan et vamos, signifiant respectivement viens-t-en et on y va. Les chèvres font vraiment penser aux humains. Elle reste en groupe comme les humains. Quand l’une d’entre elle est malade ou blessée, les autres la rejettent. Et on les enterre à leur mort. Ouep, les chèvres sont aussi affectueuses que cruelles.

Ça ne vous rappelle pas quelqu’un?

Jour 8 : L’EMH : l’Escouade en mauvaises herbes

Potager de la communauté

J’ai aujourd’hui la preuve que les muscles du cerveau ne sont pas très utiles avec une pioche.

Quand nous avons travaillé avec Edouardo, jardinier vigoureux de 50 ans, nous nous sommes bien rendues à l’évidence que nos mains seraient beaucoup plus utiles à désherber les lots de légumes. Et nous avons développé une expertise toute particulière dans le domaine. À la fin de notre séjour, nous serons passées maîtres, même docteures, dans l’enlevage de mauvaises herbes.

Autre découverte intéressante, l’odeur d’une plante de coriandre est vraiment répugnante, dégueulasse, crasse… beurk! En résumé, ne plus jamais m’en mettre sous le nez ou sinon… vaut mieux même pas y penser.

Partie aussi très passionnante du travail de la terre, étendre du compost. Ce dernier est créé à partir de tous les résidus organiques, comme des excréments de chèvres (en tout cas, ceux restant après le passage du coq et des poules, s’amusant à manger ces derniers), des résidus de tables et de magnifiques vers de terre de Californie fraîchement engraissés.

Je critique, mais c’est absolument plaisant de s’occuper du potager. On est au gros soleil avec comme vue de magnifiques montagnes. On s’occupe les mains et notre esprit peut vagabonder dans les paysages surréels nous entourant.

Emplissons-nous de la carte postale.

Jour 7 : Où elle est, la potion magique?

 

Chute à proximité du village

Quand je disais qu’on n’avait pas besoin d’alcool pour avoir du fun, je n’arrivais pas à convaincre grand monde. Ici, pas besoin de discours ou même de débat. Tout le monde s’amuse avec toute sa tête. Quand on nous a dit : « Voulez-vous venir à notre  petit party karaoké ?», je me disais êtes-vous sûrs que vos oreilles vont tenir le coup?

J’ai eu beaucoup de plaisir, et ce, parce qu’on ne pas demander de chanter en espagnol une chanson inconnue. J’ai plutôt joué à la cachette avec les bambins. Seulement besoin d’une couple de faces et d’un peu de sur-acting et le tour est joué. J’aime comment à cet âge,  ça ne prend pas grand-chose pour les rendre heureux. Ce qui est tout à fait dans mes cordes.

Après, les plus vieux nous ont invités à jouer au UNO. C’est amusant, il n’y avait aucune compétition. On se montre tous nos jeux et personne ne le prend mal. Tout allait de bon train, j’étais quasi-imbattable, et là un événement imprévu est survenu.

On m’a demandé de danser. Et pour tout le monde qui me connaît, vous comprenez l’absurdité. J’ai peut-être un peu de rythme avec des baguettes, mais avec les pieds c’est une autre chose. On s’était vraiment un fiasco quand on sait qu’au Costa Rica tout le monde sait bien danser. Alors, au lieu de faire une danse latine quelconque, j’avais l’air d’une débutante en danse en ligne. Au moins, mon partenaire était le membre le plus vieux de la communauté, soit 65 ans.  Je suis étonnée qu’on m’ait redemandé.

Vraiment, ils sont fous ces Costariciens!

Jour 6 : Tour de touristes

Vue des sentiers

Un groupe de touristes est arrivé aujourd’hui. Des Ontariens. Oh yeah. J’espère qu’on remarque mon sarcasme. Mais non, il n’y a aucune généralisation. Ces jeunes, qui sont pourtant dans une classe de Christian Leadership, ont fait déshonneur à leur province. Sacrant et parlant fort à travers la communauté, ils ont réussis à faire reconsidérer la venue à Durika de groupe nombreux, soit d’au-delà de dix personnes.

Comble de l’hilarité, ils avaient tous vraiment peur des bibittes. Il y en a un qui a vu une libellule et c’est mis à crier! C’est vrai qu’ici, les insectes sont particulièrement grosses. Par exemple, la nuit dernière, une mouche qui, j’en suis convaincue, a été dopée aux stéroïdes, s’amusait à me niaiser. Elle faisait du bruit comme c’est pas possible! Et quand j’arrivais pour la tuer,     armée d’une lampe frontale et de papier de toilette, elle arrêtait de bouger. Mais, je reste sûre, malgré toute ma médiocrité à attraper des bibittes telles que des libellules, c’est pas mal inoffensif.

Par contre, il y a un des Ontariens qui a fait preuve d’une certaine sagesse, qui a dit et je cite : Les Québécois sont des weirdos, mais au moins, eux ils sont drôles, comparés aux Ontariens! Donc, il vaut mieux être étrange et original que trop commun (et ennuyant, mais ça on ne le dit pas!)

Et il n’est aucunement approprié de cracher à terre!

It’s disgusting!

Jour 5 : Une gorgée pas cher payée

Plant de café

Premier dépaissement.  Nous avons pelé des graines de café. Les fruits de la plante de café ressemblent beaucoup à des canneberges. Presque tout le monde a entendu parler du café équitable et de pourquoi il est primordial pour la suivie des petits producteurs. Mais la plupart ne réalisent pas son importance. Produire une tasse de café est très ardu. Il faut environ 30 graines de café. Ces dernières poussent dans des plantes à café de différentes espèces qui prennent trois ans à grandir, mais qui par la suite produire du café une fois par année.

Première étape : La récolte des fruits. Tout se fait à la main, puisque les fruits ne mûrissent pas tous à la même vitesse. On ne prend que les fruits rouges. On les laisse ensuite dans de l’eau pour une durée d’au moins 24h.

Deuxième étape : Dissection des fruits. On met une quantité de fruits sur une table de la forme d’un jeu de Mississippi. Avec un pilon, on écrase légèrement les fruits pour pouvoir ensuite enlever la chair du fruit et n’avoir que la graine de café. Toute la chair des fruits va dans le compost pour nourrir les vers de terre, tandis qu’on met les graines de café dans de l’eau pour encore 24h pour enlever la couche de protection de la graine. C’est un travail de minutie qui est très long.

Troisième étape : Séchage des graines. On étend toutes les graines dans un plateau au soleil pour qu’elles sèchent et durcissent. Quand elles sont presqu’impossible à casser, c’est-à-dire environ 24h plus tard, elles sont prêtes pour la prochaine étape.

Quatrième étape, et dernière étape pour arriver au café que l’on connait : Grillage des graines. Sur le rond, dans une casserole, les grains sont rôtis pour environ 30 minutes. C’est aussi un travail ardu, car il faut tourner rapidement pendant tout ce temps. Après, il n’y a qu’à moudre et boire.

Le travail du café est long et ardu. En plus, il laisse une trace orange sur les mains pendant trois jours, à cause du jus de café.

Alors, on savoure s’il vous plaît.

Jour 4 : Un peu de solidité s’il vous plaît

Habitation typique de Durika exclusivement faite de bois

Après cinq heures en bus voyageur servant aussi de bus public, nous sommes finalement arrivées à Buenos Aires, au bureau de Durika. En attendant, nous avons regardés un programme d’Animal Planet. C’est à ce moment-là qu’on réalise vraiment l’américanisation. On écoute la même musique, on s’habille pareil et  on écoute les mêmes affaires.

Pour bouger un peu, nous sommes allées pousser un camion en panne. Il est reparti quand même facilement.

Et hop, en chemin pour Durika, avec 17 kilomètres à faire dans un vieux bazou. Nous étions prises entre des sacs de nourriture pour chèvres et la clôture chambranlante nous servant de protection contre la chute quasi-fatale qui nous aurait attendu normalement. Mais la vue y était imprenable. Alors, même lorsque nous pensions avoir  à pousser un camion chargé à bloc les deux pieds dans la boue, nous avions le sourire étampé dans le visage.

Découverte de la journée : Les caméras dans les Ipods peuvent faire des meilleures photos en mouvement que certaines caméras photos.

Arrivés à la communauté, nous avons mangé un des repas végétariens les plus délicieux au monde. Et oui, au monde! Lorsqu’il est arrivé l’heure du coucher, c’est-à-dire 19h pour notre «charmant» voisin de cabine, nous avons réalisé que les murs n’étaient pas isolé et qu’on pouvait s’entendre même en chuchotant de chaque côté. D’habitude, on peut dire qu’il y a des bienfaits et des inconvénients à tout, mais là IL N’Y A AUCUN AVANTAGE. Notre voisin est français et comprend systématiquement tout ce qu’on dit. De plus, il a des goûts très «particuliers» en ce qui attrait à la musique et aurait besoin de cours de chant.

Comme vengeance, heavy metal ou rap industriel? Quelque chose de quoi le dégoûter un peu?